- Je vais me marier.
Elle avait dit ça comme ça, sans trembler, la tête haute. J'ai relevé les yeux de mon café et l'ai dans regardé. Un long moment.
- Sérieusement ?
- Sérieusement. Il m'a demandé en mariage hier.
J'avais soudain chaud.
- Ah, j'ai dis.
- Tu ne me félicite pas ?
J'ai rougis et j'ai posé ma tasse de café.
- Si, si, bien sûr. Félicitations.
Je me suis redressé et je lui ai souris. Mais elle me connaissait trop bien et elle remarqua sans aucune difficulté sa nature forcée. Pourtant elle ne dit rien.
- C'est prévu pour cet été. Je n'ai pas encore choisis mon témoin mais j'ai pensé à toi. Je peux compter sur toi bien sûr ?
J'ai hoché la tête en silence et elle a sourit l'air ravi.
- Parfait. Bon il m'attends je dois y aller. On se revoit dans la semaine. A plus !
Elle s'est levée, à prit son sac et m'a fait un signe de la main avant de s'éloigner. Sa chevelure dorée à disparut au coin de la rue et j'ai inspiré fortement pour m'imprégner des dernières odeurs qu'elle avait laissé derrière elle. Mimosa. C'était son parfum préféré.
- Tu aurais du voir sa tête !
Laurène éclata de rire en traversant l'avenue principale. On répondit à son hilarité depuis le téléphone portable qu'elle tenait scotché à son oreille.
- J'ose pas imaginer !
- Comme s'il allait mourir la minute suivante !
- A ce point là ?
- Je t'assure !
- Lau tu es vraiment trop cruelle ,réprimanda la voix du téléphone.
- Il l'a bien cherché ! Il faut savoir ce qu'on veut dans la vie et s'il n'avait pas...
- Oui je sais, coupa son amie. Enfin bon maintenant tout est réglé.
- Mouai... si on veut.
- Fais plus de bêtises Laurène. Maintenant que tu as fais ce que tu voulais c'est terminé.
- Oui, oui, rétorqua évasivement Laurène.
- Pense à ton avenir un peu ! Bon je te laisse. On se rappelle demain d'accord ? Bisous ma puce.
- Bisous ,lança Laurène mais la communication était déjà rompue.
Elle soupira, ferma son téléphone et le rangea dans son sac. Penser à l'avenir; C'était facile à dire. Magalie avait tout pour être heureuse : La santé, un travail, un homme et un logement. Tandis que elle... il lui manquait encore certaines choses.
- Essentiellement par ma faute, songea-t-elle amèrement.
Non, aussi par la sienne. Elle serra les dents et entra rageusement dans le métro.
Le centre commercial était bondé. Pourtant j'avais l'impression d'être seul, si seul au milieu du vide. J'avais perdu l'essentiel; Cette force qui me maintenait debout, cette lumière qui me guidait, cette énergie qui me maintenait en vie. J'avais perdu son visage, son sourire, son odeur. Elle était partie vers d'autres horizons, là où plus jamais elle ne m'attendrait.
Elle avait été patiente pendant longtemps. Elle m'avait suivit, accompagné, soutenu et aimé. Elle m'avait observé en silence, sans jamais rien demander, attendant un mot de moi. Et je n'avais rien dis.
J'ai soupiré et j'ai relevé la tête. Les gens continuaient à se précipiter dans cette fourmilière grouillante. Il n'y avait que moi qui m'étais arrêté pour mourir quelques secondes. Ailleurs la vie continuait.
J'ai observé les couleurs gaies que les fleurs de la vitrine d'en face arboraient et je me suis levé. J'étais égoïste et je m'étais montré trop froid avec elle. Il fallait que je répare mon erreur. Il fallait que je la félicite mieux que ça. Il fallait que j'aille chez elle.
La porte de l'appartement claqua sèchement et un courant d'air traversa l'entrée.
- Laurène ? C'est toi ?
La jeune femme enleva ses chaussures d'un geste brusque et les poussa dans le placcard.
- Laurène ?
- Oui ! ,lança-t-elle d'un ton exaspéré.
Ils étaient deux dans l'appartement ! Qui voulait-il que ce soit d'autre ? Elle posa violemment son sac par terre et emprunta le couloir. Elle n'avait qu'une envie: S'installer sur le canapé en sirotant tranquillement un verre de vodka. Elle pressa le pas vers la cuisine et ouvrit le placard avec hâte.
- Lau ?
La porte du placard se referma d'un coup sec.
- Quoi ? ,décria la jeune femme en se retourna.
Le grand jeune homme blond qui se tenait dans l'entrée souriait aimablement. Il était complètement ni si ce n'était la serviette qui lui enserrait la taille et la lumière du soleil couchant soulignait ses formes musclées. Son sourire disparu lorsqu'il croisa le regard de celle qui lui faisait face.
- T'es pas obligée d'être si agressive. Qu'est-ce qu'il y a tu t'es disputée avec quelqu'un ?
- Non !
- Tu peux me parler tu sais, dit-il en s'avançant.
- Ca ne te regarde pas ! Et va t'habiller on ne se balade pas dans la maison dans cette tenue.
- Le jeune homme s'arrêta net et regarda Laurène tristement.
- D'accord. Je voulais te proposer de sortir prendre un verre ce soir mais...
- Va s'y tout seul, coupa-t-elle. J'ai pas la tête à ça.
- Tu veux que je reste ?
- Non merci.
L'air déboussolé, il s'éloigna en silence. Laurène soupira puis rouvrit le placard pour en sortir la bouteille qu'elle affectionnait tant. Elle s'empara d'un vert et s'installa dans le canapé. La lumière flamboyante des derniers rayons de soleil lui taquina les yeux. Elle les ferma et se laissa aller dans la douceur berçante du moment. Elle ouvrit la bouteille et se servit un verre de vodka.
Si mes souvenirs étaient bon, son immeuble était celui qui se situait exactement en face de l'arrêt de bus. La dernière fois que j'étais venu, il venait d'être repeint et brillait de milles feux mais difficile de le reconnaître de nuit. Je me suis donc avancé vers le bâtiment le plus opposé à l'abri-bus. Il n'y avait personne. Soudain un bruit a surgit et j'ai reculé. La porte s'est ouverte sur un homme blond, bien bâtit et bien vêtu. Il avait l'air triste et rêveur. Il était beau et j'ai frémis.
Laurène reprit la bouteille et se servit un nouveau verre. Elle n'avait pas pris la peine de reboucher la dernière fois, sentant bien que de toute façon elle allait la finir. Elle vida son verre d'un cul sec puis expira. Il faisait noir dans la pièce mais elle n'avait aucune envie d'allumer. Assise en tailleur sur le tapis, la tête appuyée sur le canapé, elle attendait que le mal passe. Elle se mit à chanter; en anglais comme il aimait tant.
On frappa à la porte et elle grogna. Encore l'autre qui avait oublié quelque chose. Elle se leva et se dirigea en titubant vers la porte.
***
Les chrysanthèmes étaient magnifiques. J'étais sûr qu'elle allait les adorer. J'ai entendu le bruit de la clé qu'on tourne dans la serrure et la porte s'est ouverte.
Laurène se figea sur place. Son regard porta sur les fleurs puis sur le visage qu'elles cachaient à moitié. Il était là. Elle recula doucement puis s'écarta pour le laisser entrer.
J'ai passé la porte et me suis avancé. Elle était belle, comme toujours. Ses grands yeux bleus me fixaient l'air incrédule et elle a reculé dans le salon sans me quitter des yeux.
- Félicitations, j'ai dis.
Et je lui ai tendu les fleurs.
Laurène ne broncha pas et il laissa finalement retomber son bras. Félicitations pour quoi ? Elle le dévisagea. Et soudain éclata de rire.
Son Parfum mimosa avait disparu. Ses cheveux d'anges étaient en désordres. Ca sentait l'alcool et le désespoir.
Son rire de démente s'arrêta net. Elle lui lança un regard cruel.
- Je vais les jeter tes fleurs.
- Tu as bu ,constata-t-il doucement.
- Eh ouai ! Je me suis enfilé quelques verres de Vodka. Ca te déçoit ?
- Non je suis triste pour toi.
- Ah ouai ? Eh ben c'est ta faute ! Ta faute si je bois !
Je me suis sentis triste, très triste.
- Laurène, murmurais-je.
- Ouai c'est de ta faute !, hurla-t-elle. Si je bois, si j'en suis là, si j'ai tout perdu ! C'est tout de ta faute !
Il s'avança de quelques pas, comme pour la prendre dans ses bras, et elle bondit en arrière.
- Quand t'es arrivé ici j'ai tout fait pour que tu te sente à l'aise. Je t'ai présenté à tout le monde, je t'ai invité à te joindre à nous et je me suis même disputée avec certains pour qu'ils t'acceptent parmi eux. Tu le sais !
Il frissonna et serra les chrysanthèmes dans sa main droite.
- Je t'ai toujours soutenu, même quand j'étais la seule à clamer que tu étais quelqu'un de bien. J'ai fais tout pour que tu sois heureux, pour te plaire et j'ai repoussé tellement de garçons parce que tu étais jaloux.
Un vent glacial soufflait à l'intérieur de mon corps.
- Quand tu as passé ton audition je me suis mise toute ma famille à dos en venant te voir au lieu de rester avec ma grand-mère.
Les larmes ruisselaient sur ses joues. Les tiges des fleurs s'enfonçaient dans mon poignet.
- Quand j'ai voulu aller à Paris tu m'a supplié de rester et j'ai tout abandonner pour être avec toi. !
J'avais mal à la tête et au coeur. Un poignard s'y enfonçait inlassablement sans vouloir s'arrêter.
- Tu m'as rendue malheureuse !
- Non,murmura-t-il
- Si ! Tu m'as fais du mal !
- Non.
- Et tu l'as fais consciemment !
- Tais-toi !
- Tu m'a détruite !
- Tais-toi !
- C'EST TA FAUTE !
Le bourdonnement de sa voix devenait insupportable. Ses mots étaient tranchants comme une lame. Il fallait qu'ils disparaissent. Il fallait qu'elle se taise. Oui qu'elle se taise !
Sa main libéra les fleurs écrasées dans son poing. Il devait dominer autre chose. Ces mots, ce flux de paroles, sa voix. Tous ses sens s'éveillèrent pour chercher cette source de maux et la détruire à jamais. Sa bouche, sa gorge. Il l'empoigna et lui intima de se taire. Elle n'obéit pas. Il serra.
***
La lumière accrue du néon poignardait mes yeux. J'avais mal. Partout.
- Laurène vous a mentit monsieur Garin. Elle n'allait pas se marier et pour cause elle était célibataire depuis deux ans.
L'inspecteur cessa son va-et-vient et observa ma réaction en silence. Je ne bougeais pas.
- Elle vivait avec son cousin, Michael, mais elle s'apprêtait à partir à Paris le mois prochain. Elle voulait reprendre les études qu'elle avait abandonnées il y a quelques années.
L'inspecteur tira la chaise et s'assit en face de moi.
- Elle a mit longtemps à se décider. En fait tout ce qui la retenait ici c'était vous, Romuald. Elle espérait toujours que vous finiriez par l'aimer. Ce n'est que récemment qu'elle a soudainement changé d'avis. Lorsqu'elle a apprit par un de vos amis communs que vous aviez de fort sentiments pour elle elle s'est emportée. Elle n'avait plus qu'une idée en tête: Vous faire souffrir le plus possible comme vous l'aviez fait souffert.
Le grand homme se releva tout en me fixant.
- Une chose est sûre: Depuis toujours elle n'aimait que vous.
J'ai tremblé. J'ai souris. Et pour la première fois j'ai pleuré pour elle.
Elle avait dit ça comme ça, sans trembler, la tête haute. J'ai relevé les yeux de mon café et l'ai dans regardé. Un long moment.
- Sérieusement ?
- Sérieusement. Il m'a demandé en mariage hier.
J'avais soudain chaud.
- Ah, j'ai dis.
- Tu ne me félicite pas ?
J'ai rougis et j'ai posé ma tasse de café.
- Si, si, bien sûr. Félicitations.
Je me suis redressé et je lui ai souris. Mais elle me connaissait trop bien et elle remarqua sans aucune difficulté sa nature forcée. Pourtant elle ne dit rien.
- C'est prévu pour cet été. Je n'ai pas encore choisis mon témoin mais j'ai pensé à toi. Je peux compter sur toi bien sûr ?
J'ai hoché la tête en silence et elle a sourit l'air ravi.
- Parfait. Bon il m'attends je dois y aller. On se revoit dans la semaine. A plus !
Elle s'est levée, à prit son sac et m'a fait un signe de la main avant de s'éloigner. Sa chevelure dorée à disparut au coin de la rue et j'ai inspiré fortement pour m'imprégner des dernières odeurs qu'elle avait laissé derrière elle. Mimosa. C'était son parfum préféré.
***
- Tu aurais du voir sa tête !
Laurène éclata de rire en traversant l'avenue principale. On répondit à son hilarité depuis le téléphone portable qu'elle tenait scotché à son oreille.
- J'ose pas imaginer !
- Comme s'il allait mourir la minute suivante !
- A ce point là ?
- Je t'assure !
- Lau tu es vraiment trop cruelle ,réprimanda la voix du téléphone.
- Il l'a bien cherché ! Il faut savoir ce qu'on veut dans la vie et s'il n'avait pas...
- Oui je sais, coupa son amie. Enfin bon maintenant tout est réglé.
- Mouai... si on veut.
- Fais plus de bêtises Laurène. Maintenant que tu as fais ce que tu voulais c'est terminé.
- Oui, oui, rétorqua évasivement Laurène.
- Pense à ton avenir un peu ! Bon je te laisse. On se rappelle demain d'accord ? Bisous ma puce.
- Bisous ,lança Laurène mais la communication était déjà rompue.
Elle soupira, ferma son téléphone et le rangea dans son sac. Penser à l'avenir; C'était facile à dire. Magalie avait tout pour être heureuse : La santé, un travail, un homme et un logement. Tandis que elle... il lui manquait encore certaines choses.
- Essentiellement par ma faute, songea-t-elle amèrement.
Non, aussi par la sienne. Elle serra les dents et entra rageusement dans le métro.
***
Le centre commercial était bondé. Pourtant j'avais l'impression d'être seul, si seul au milieu du vide. J'avais perdu l'essentiel; Cette force qui me maintenait debout, cette lumière qui me guidait, cette énergie qui me maintenait en vie. J'avais perdu son visage, son sourire, son odeur. Elle était partie vers d'autres horizons, là où plus jamais elle ne m'attendrait.
Elle avait été patiente pendant longtemps. Elle m'avait suivit, accompagné, soutenu et aimé. Elle m'avait observé en silence, sans jamais rien demander, attendant un mot de moi. Et je n'avais rien dis.
J'ai soupiré et j'ai relevé la tête. Les gens continuaient à se précipiter dans cette fourmilière grouillante. Il n'y avait que moi qui m'étais arrêté pour mourir quelques secondes. Ailleurs la vie continuait.
J'ai observé les couleurs gaies que les fleurs de la vitrine d'en face arboraient et je me suis levé. J'étais égoïste et je m'étais montré trop froid avec elle. Il fallait que je répare mon erreur. Il fallait que je la félicite mieux que ça. Il fallait que j'aille chez elle.
***
La porte de l'appartement claqua sèchement et un courant d'air traversa l'entrée.
- Laurène ? C'est toi ?
La jeune femme enleva ses chaussures d'un geste brusque et les poussa dans le placcard.
- Laurène ?
- Oui ! ,lança-t-elle d'un ton exaspéré.
Ils étaient deux dans l'appartement ! Qui voulait-il que ce soit d'autre ? Elle posa violemment son sac par terre et emprunta le couloir. Elle n'avait qu'une envie: S'installer sur le canapé en sirotant tranquillement un verre de vodka. Elle pressa le pas vers la cuisine et ouvrit le placard avec hâte.
- Lau ?
La porte du placard se referma d'un coup sec.
- Quoi ? ,décria la jeune femme en se retourna.
Le grand jeune homme blond qui se tenait dans l'entrée souriait aimablement. Il était complètement ni si ce n'était la serviette qui lui enserrait la taille et la lumière du soleil couchant soulignait ses formes musclées. Son sourire disparu lorsqu'il croisa le regard de celle qui lui faisait face.
- T'es pas obligée d'être si agressive. Qu'est-ce qu'il y a tu t'es disputée avec quelqu'un ?
- Non !
- Tu peux me parler tu sais, dit-il en s'avançant.
- Ca ne te regarde pas ! Et va t'habiller on ne se balade pas dans la maison dans cette tenue.
- Le jeune homme s'arrêta net et regarda Laurène tristement.
- D'accord. Je voulais te proposer de sortir prendre un verre ce soir mais...
- Va s'y tout seul, coupa-t-elle. J'ai pas la tête à ça.
- Tu veux que je reste ?
- Non merci.
L'air déboussolé, il s'éloigna en silence. Laurène soupira puis rouvrit le placard pour en sortir la bouteille qu'elle affectionnait tant. Elle s'empara d'un vert et s'installa dans le canapé. La lumière flamboyante des derniers rayons de soleil lui taquina les yeux. Elle les ferma et se laissa aller dans la douceur berçante du moment. Elle ouvrit la bouteille et se servit un verre de vodka.
***
Si mes souvenirs étaient bon, son immeuble était celui qui se situait exactement en face de l'arrêt de bus. La dernière fois que j'étais venu, il venait d'être repeint et brillait de milles feux mais difficile de le reconnaître de nuit. Je me suis donc avancé vers le bâtiment le plus opposé à l'abri-bus. Il n'y avait personne. Soudain un bruit a surgit et j'ai reculé. La porte s'est ouverte sur un homme blond, bien bâtit et bien vêtu. Il avait l'air triste et rêveur. Il était beau et j'ai frémis.
***
Laurène reprit la bouteille et se servit un nouveau verre. Elle n'avait pas pris la peine de reboucher la dernière fois, sentant bien que de toute façon elle allait la finir. Elle vida son verre d'un cul sec puis expira. Il faisait noir dans la pièce mais elle n'avait aucune envie d'allumer. Assise en tailleur sur le tapis, la tête appuyée sur le canapé, elle attendait que le mal passe. Elle se mit à chanter; en anglais comme il aimait tant.
On frappa à la porte et elle grogna. Encore l'autre qui avait oublié quelque chose. Elle se leva et se dirigea en titubant vers la porte.
***
Les chrysanthèmes étaient magnifiques. J'étais sûr qu'elle allait les adorer. J'ai entendu le bruit de la clé qu'on tourne dans la serrure et la porte s'est ouverte.
Laurène se figea sur place. Son regard porta sur les fleurs puis sur le visage qu'elles cachaient à moitié. Il était là. Elle recula doucement puis s'écarta pour le laisser entrer.
J'ai passé la porte et me suis avancé. Elle était belle, comme toujours. Ses grands yeux bleus me fixaient l'air incrédule et elle a reculé dans le salon sans me quitter des yeux.
- Félicitations, j'ai dis.
Et je lui ai tendu les fleurs.
Laurène ne broncha pas et il laissa finalement retomber son bras. Félicitations pour quoi ? Elle le dévisagea. Et soudain éclata de rire.
Son Parfum mimosa avait disparu. Ses cheveux d'anges étaient en désordres. Ca sentait l'alcool et le désespoir.
Son rire de démente s'arrêta net. Elle lui lança un regard cruel.
- Je vais les jeter tes fleurs.
- Tu as bu ,constata-t-il doucement.
- Eh ouai ! Je me suis enfilé quelques verres de Vodka. Ca te déçoit ?
- Non je suis triste pour toi.
- Ah ouai ? Eh ben c'est ta faute ! Ta faute si je bois !
Je me suis sentis triste, très triste.
- Laurène, murmurais-je.
- Ouai c'est de ta faute !, hurla-t-elle. Si je bois, si j'en suis là, si j'ai tout perdu ! C'est tout de ta faute !
Il s'avança de quelques pas, comme pour la prendre dans ses bras, et elle bondit en arrière.
- Quand t'es arrivé ici j'ai tout fait pour que tu te sente à l'aise. Je t'ai présenté à tout le monde, je t'ai invité à te joindre à nous et je me suis même disputée avec certains pour qu'ils t'acceptent parmi eux. Tu le sais !
Il frissonna et serra les chrysanthèmes dans sa main droite.
- Je t'ai toujours soutenu, même quand j'étais la seule à clamer que tu étais quelqu'un de bien. J'ai fais tout pour que tu sois heureux, pour te plaire et j'ai repoussé tellement de garçons parce que tu étais jaloux.
Un vent glacial soufflait à l'intérieur de mon corps.
- Quand tu as passé ton audition je me suis mise toute ma famille à dos en venant te voir au lieu de rester avec ma grand-mère.
Les larmes ruisselaient sur ses joues. Les tiges des fleurs s'enfonçaient dans mon poignet.
- Quand j'ai voulu aller à Paris tu m'a supplié de rester et j'ai tout abandonner pour être avec toi. !
J'avais mal à la tête et au coeur. Un poignard s'y enfonçait inlassablement sans vouloir s'arrêter.
- Tu m'as rendue malheureuse !
- Non,murmura-t-il
- Si ! Tu m'as fais du mal !
- Non.
- Et tu l'as fais consciemment !
- Tais-toi !
- Tu m'a détruite !
- Tais-toi !
- C'EST TA FAUTE !
Le bourdonnement de sa voix devenait insupportable. Ses mots étaient tranchants comme une lame. Il fallait qu'ils disparaissent. Il fallait qu'elle se taise. Oui qu'elle se taise !
Sa main libéra les fleurs écrasées dans son poing. Il devait dominer autre chose. Ces mots, ce flux de paroles, sa voix. Tous ses sens s'éveillèrent pour chercher cette source de maux et la détruire à jamais. Sa bouche, sa gorge. Il l'empoigna et lui intima de se taire. Elle n'obéit pas. Il serra.
***
- Laurène vous a mentit monsieur Garin. Elle n'allait pas se marier et pour cause elle était célibataire depuis deux ans.
L'inspecteur cessa son va-et-vient et observa ma réaction en silence. Je ne bougeais pas.
- Elle vivait avec son cousin, Michael, mais elle s'apprêtait à partir à Paris le mois prochain. Elle voulait reprendre les études qu'elle avait abandonnées il y a quelques années.
L'inspecteur tira la chaise et s'assit en face de moi.
- Elle a mit longtemps à se décider. En fait tout ce qui la retenait ici c'était vous, Romuald. Elle espérait toujours que vous finiriez par l'aimer. Ce n'est que récemment qu'elle a soudainement changé d'avis. Lorsqu'elle a apprit par un de vos amis communs que vous aviez de fort sentiments pour elle elle s'est emportée. Elle n'avait plus qu'une idée en tête: Vous faire souffrir le plus possible comme vous l'aviez fait souffert.
Le grand homme se releva tout en me fixant.
- Une chose est sûre: Depuis toujours elle n'aimait que vous.
J'ai tremblé. J'ai souris. Et pour la première fois j'ai pleuré pour elle.

